Après un peu moins de 2h de traversée nous arrivons à Larne en Irlande du Nord d’où nous prenons la route de Derry, nous faisons halte pour la nuit à Swatragh. En effet, le pub Friels Bar & Restaurant offre aux campings caristes un parking d’environ 15 places avec tous les services pour seulement 20£ ce qui en regard des prix pratiqués dans ses contrées est bon marché. Nous y prenons une pinte avant d’y diner le soir.

Vendredi 11 nous prenons la direction de Derry que les britanniques appelle Londonderry, en effet ce « London » a été ajouté en 1613 après le parrainage de la ville par les corporations de Londres pour humilier les Irlandais. Par égard pour les Irlandais je parle de Derry dans cet article. C’est la deuxième ville d’Irlande du Nord par sa population, après Belfast. Derry est particulièrement connue pour le siège de la ville en 1689 et l’épisode tragique du Bloody Sunday, le 30 janvier 1972. Elle est aussi, en 2013, la première City of Culture britannique. Nous trouvons un parking accessible à notre camping car ou nous restons 2 nuits.

Après un déjeuné pris sur le pousse à la Bakery à côté du parking où nous sommes installés nous prenons le chemin du centre historique. Nous commençons par le Guildhall bâtiment en briques rouges, il sert de nos jours d’hôtel de ville et peut être visité par le public ce que nous nous empressons de faire. On y apprécie son architecture chaleureuse, et surtout ses magnifiques vitraux.

Nous continuons par le tour des remparts de 1,5km qui entourent la citadelle développée autour de l’Abbaye fondée en 546 par Saint Colomb-Kille dit ici St Colomb. Ils ont été construits de 1613 à 1618. Il s’agit du seul exemple d’enceinte fortifiée complète en Irlande. Les murailles sont percées de sept portes et entrecoupées d’imposants bastions, bastions qui furent occupées jusqu’en 1994 par les soldats britanniques, mais depuis rendues définitivement aux promeneurs.

Nous arrivons au point le plus haut des remparts et allons visiter la St Augustine’s derry.

Nous finissons par le Tower Museum qui propose de découvrir dans un décorum plutôt charmant l’Histoire de Derry, et de l’Irlande. On y découvre l’histoire d’amour de Monseigneur Frederick Augustus Hervey et de la maîtresse de Frédéric-Guillaume II de Prusse. Sans oublier le naufrage de l’Invincible Armada, qui a vu l’un de ses bateaux, la Trinidad-Valencera, faire naufrage en 1588 au large des côtes irlandaises. Guerre civile, partition de l’Irlande et création de l’Irlande du Nord…, voici les thèmes récurrents que l’on découvre tout au long de notre visite. Au programme, documentaire vidéo, tableaux, expo ludique, présentation d’uniforme, etc.. Tout est fait pour nous permettre de nous transporter à travers l’histoire de Derry.

Après environ 4h et pas moins de 6km nous rentrons au camions pour un diner bien mérité.

Cette journée de samedi est consacrée au quartier catholique de Derry, le Bogside. Le Bogside est un quartier catholique de la ville. Sa proximité, avec le quartier protestant, Fountain, est responsable d’un des plus lourds épisodes du conflit nord-irlandais : celui des Troubles, et du Bloody Sunday. Il est particulièrement connu pour ses fresques murales impressionnantes, peintes durant l’époque des Troubles. Celles-ci témoignent à elles seules du contexte historique et politique nord-irlandais, avec ses luttes, ses idéologies, et ses épisodes tragiques qui ont jalonnés l’histoire. Parmi les grandes fresques, notons surtout celles de « Free Derry », ou encore celle commémorant le Bloody Sunday de 1972. D’autres murs sont à l’image de factions militaires, comme l’IRA, ou encore l’IRA de la Continuité… Des fresques fascinantes, qui sont comme un livre ouvert sur l’Histoire de l’Irlande du Nord et ses combats.

L’épicentre d’un conflit sous haute tension dès 1969, ce quartier est essentiellement habité de catholiques républicains. Dès la fin des années 60, le quartier connait des tensions avec les protestants loyalistes vivant aux alentours du quartier. Les catholiques s’y sentent discriminés, tant au niveau de leurs droits civiques, que dans leur considération sociale quotidienne. Ils ont l’impression d’être parqués dans des ghettos catholiques, et protestent contre la présence britannique sur le territoire nord-irlandais. Les protestants loyalistes de leur côté, n’hésitent pas à multiplier les provocations, en organisant des parades orangistes dans leurs propres quartiers catholique, une véritable insulte pour les républicains. Dès 1969, les catholiques décident de réagir, et de faire du Bogside une enclave autonome baptisée « Free Derry ». Les réactions ne tardent pas à se faire entendre, et une émeute éclate le 12 août 1969, opposant loyalistes aux républicains : c’est alors la Bataille du Bogside. Cette émeute va alors être contagieuse, et d’autres villes d’Irlande du Nord vont s’embraser avec pour modèle la ville de Derry. Toutefois, la bataille du Bogside provoquera la mort de 9 personnes, et plus de 750 blessé. Trois ans plus tard, les républicains entendent toujours protester, mais cette fois-ci de manière pacifique, par le biais de meeting et de marches. Le 30 janvier 1972, plus de 10 000 catholiques traversent alors le Bogside, avant que l’armée britannique ne tire sur la foule non armée, le bilan fera alors 14 morts. Nous nous arrêtons un moment au Free Derry Museum qui est avant tout consacré à cette période des « Troubles », période s’étendant de 1969 à 1998. Bien que peu interactif il est très intéressant, et particulièrement clair dans ses explications. Présentant les faits de façon chronologiques, il les expose avec finesse, et nous permet ainsi de mieux saisir le contexte géopolitique actuel de l’Irlande du Nord.

Nous finissons la matinée par la procession des orangistes. En effet, chaque année le 12 août, la levée du Grand Siège est commémorée par les « apprentis » (nouveaux adhérents) de l’ordre d’Orange (organisation loyaliste violemment anticatholique).
En 1688, le catholique Jacques II débarque en Irlande, soutenu par Louis XIV, pour livrer bataille à Guillaume d’Orange. Son armée échoue à Derry, protégée par ses remparts, après 105 jours de siège. Les soldats catholiques battent en retraite après l’arrivée des troupes protestantes.


Nous allons ensuite déjeuner avant de finir la journée au Black Bird pub ou nous écoutons de la musique en live jusque 18h45. Nous rentrons au camion pour un repos bien mérité avant de prendre le chemin demain de la Wild Atlantic Way.